Décembre |
M'isoler. |
Que les autres me le rappellent. |
M'étonner de ce qui va de soi. |
Passer à côté de l'évidence. |
L'oubli jusqu'à plus soif... |
Les personnes assoiffées d'elles-mêmes qui me coupent l'appétit à force d'impudeur. |
Vivre des situations qui me parlent. |
Les rires enregistrés des séries télévisées qui m'obligent à formater ma détente. |
Recouvrir mes livres chers à mon coeur avec du papier cristal. |
En entendre le bruit régulier dans l'acte solennel de la lecture. |
Le bruit des gouttes d'eau sur le carreau bien nettoyé. |
Les gouttes d'eau qui parsèment mon brushing récemment réalisé. |
Les gens uniques. |
Les sens uniques. |
Oublier la fuite du temps. |
Que le temps ne m'oublie pas. |
Novembre |
Souffler de nombreuses bougies parce qu'elles font osciller les objets dans la salle à manger. |
Me sentir cent ans d'âge en quelques secondes après le franchissement d'un obstacle moral. |
Le courroux de la conviction. |
La mauvaise foi qui ne s'appuie que sur la colère pour faire entendre sa voix. |
Fermer un oeil pour cibler un objectif. |
Chausser mes lunettes pour mieux cerner la réalité. |
Penser à ce que je vais dire. |
Regretter de ne pas avoir dit ce quoi j'ai pensé. |
Me rappeler que je ne suis pas indispensable. |
Me rappeler que les autres me sont indispensables. |
Répéter. |
Me répéter. |
Octobre |
Croire que tout est possible. |
Oublier d'y croire. |
Le rire en cascade d'une complicité amicale. |
Le ricanement systématique qui diminue l'effet de spontanéité. |
Lire après avoir beaucoup (ou longtemps) écrit. |
Combiner la lecture et l'écriture car elles se font de l'ombre. |
Les bribes, les miettes, les métaphores et tout ce qui a trait au symbole. |
Comprendre à demi-mot, ne pas connaître la totalité d'une information et me contenter d'une vision globale, trop généraliste dans des domaines de la vie. |
La vie sans compter. |
Le décompte des choses sans passer par la chose contée. |
Septembre |
Ecrire. |
Lire en négligeant l'acte d'écrire. |
Qu'un pianiste respecte le tempo de la partition. |
Que l'on me rappelle sur quel ton je dois répondre à une personne désobligeante. |
Entendre un brouhaha de voix. |
Comprendre des paroles qui me blessent et me laissent sans voix. |
L'univers des possibles. |
Que l'on décide de mon univers. |
Aout |
La cohérence que je ressens. |
Le sens édicté par une revue prétendument spécialisée. |
La logique d'un système. |
Le système de logique. |
Que l'on me confie des secrets. |
Me retrouver en face de quelqu'un qui a le même travers que moi. |
Juillet |
L'insouciance lorsqu'il s'agit d'arborer des couleurs loufoques et insensées. |
Que l'on m'impose une excentricité sous le prétexte d'un déguisement. |
Les bijoux et les circonstances de leur présence dans mon coeur. |
Qu'on m'oblige à me rappeler leur prix. |
Etre toujours impeccable. |
Me rappeler que tout est affaire de subjectivité. |
Les biscuits salés. |
Les miettes qui s'éparpillent dans les dents et s'y nichent pour ne plus en sortir. |
La couleur noire. |
Qu'elle symbolise le deuil. |
Juin |
Partager les moments de difficultés de la vie. |
Que mes relations avec les autres ne soient basées que sur les difficultés. |
Etre en avance. |
Qu'on me devance. |
Reconnaître au premier coup d'oeil l'étymologie d'un mot. |
Qu'on me la donne avant d'avoir essayé d'abord de la chercher. |
Prévoir un programme d'activités et le suivre à la lettre. |
Qu'un évènement extérieur dérisoire repousse au lendemain mon programme d'activités essentielles ! |
Mai |
Choisir des produits et me laisser séduire par les promotions exceptionnelles des catalogues de vente par correspondance. |
Faire l'addition et me rendre compte que la totalité des promotions me coûte bien plus cher que dans mon magasin quotidien. |
Prendre des décisions et m'y tenir. |
Hésiter entre deux politiques : serrer la main ou faire la bise. |
Le contraire de l'opaque, du compliqué et de l'atone, la transparence, la fluidité des matières et la souplesse des textures tout comme avec les phrases. |
Toutes les sortes du subjonctif et avoir oublié mon dictionnaire lorsque j'écris. |
Avril |
Quand j'ai du vernis assorti aux mains et aux pieds. |
Ne pas être coiffée si je n'ai pas de foulard. |
Ecrire des petits mots à celles et ceux que j'aime. |
D'emblée dire non pour le regretter presque instantanément. |
Les couchers de soleil surtout quand je me sens seule et des larmes pointent en dehors de moi. |
Ne plus retrouver l'air d'une chanson, le début d'un poème ou mélanger les dates d'anniversaire. |
Soigner mes amitiés avec délicatesse ; surtout ne pas m'impatienter en attendant la bonne saison pour inaugurer des échanges que je voudrais sempiternels. |
Confondre une personne avec une autre et devoir me justifier. |
Mars |
Les détails et leurs fourmillements dérisoires qui m'aident à inventer. |
Avoir des fourmis dans les jambes, ni devoir tirer les vers du nez d'un compagnon de voyage. |
Observer, scruter et camoufler mes émotions pour mieux les restituer dans mon écriture. |
Voir la mine contrite des catholiques pratiquants au moment de l'eucharistie. |
Le secret, la solitude et les sucreries. |
Attendre à la CPAM en ayant oublié mon livre. |
Février |
Décrocher le téléphone avant qu'il ne sonne trois fois et traverser une rue en ne marchant que sur les bandes blanches du passage piéton. |
Ceux qui entament une conversation par des considérations météorologiques. |
La mélodie d'une voix qui murmure des choses douces dans une langue étrangère. |
Entendre le son de ma voix. |
Que tout soit en ordre à l'extérieur pour laisser place à mon désordre intérieur. |
Le désordre extérieur parce que dans mon désordre intérieur éclosent les idées de mes futurs romans. |
Visiter des lieux qui me rappellent des bonheurs. |
Oublier le nom d'un écrivain ou le titre d'un livre. |
Janvier |
Contempler un paysage comme si je n'allais plus le revoir. |
Me rendre compte que le temps passe trop vite. |
Tout avoir en double : des lampes de chevets, le même modèle de chaussures en deux couleurs, les plantes vertes, les serre-livres et... mille petites choses de la vie ordinaire que je voudrais exemplaire. |
L'idée de me dire que c'est trop tard. |
Remplir mes placards de réserves qui me rassurent. |
Manquer de timbres pour écrire à ceux que j'aime. |